Mardi 6 octobre 2009

Il n’y a pas un lieu mais des lieux d’écriture, autant que de styles et de sujets à raconter.

En ce qui me concerne, je dénombre trois lieux différents pour trois niveaux d’écriture.

 

Dans la première catégorie, je regroupe tous les lieux impersonnels investis temporairement, le temps d’une nuit, de quelques heures ou d’une poignée de minutes.

La chambre aseptisée d’un hôtel de vacances, la cabine ondoyante d’un paquebot méditerranéen, le petit bistrot du centre ville, la terrasse ombragée d’un restaurant le midi, un parc public criant d’enfants joueurs, un coin discret dans un salon de thé ou encore sur le siège d’un autobus chauffé par un précédent fessier et la salle d’attente épurée d’un cabinet médical.

Tous ces lieux de passage sont propices à des morceaux d’écriture hétéroclites souvent très brefs et pour l’essentiel reliés la pensée du moment. L’éphémère place que j’occupe en ces territoires favorise un écrit concis.

L’agitation inhérente à ces lieux précède l’éclair d’une idée qui pour ne pas se perdre dans les méandres de mon cerveau actif, a besoin de se coucher sur le papier. Peu importe d’ailleurs à ce stade la qualité du papier. Un coin d’enveloppe retrouvée dans mon sac à main, la couverture intérieure d’un livre, un morceau de nappe ou de serviette en papier sont largement suffisant pour sauver de l’oubli la fugacité de ces idées.

Dans les hôtels, c’est plus pratique, un calepin vierge ou quelques belles feuilles blanches sont souvent à disposition des locataires. En général, avec le logo de l’hôtel en haut à gauche ou en bas de page.

Utile aussi les stylos bon marché fournis à l’insigne du lieu. Pas besoin de farfouiller dans mon sac et de perdre la guirlande de ma pensée.

Les jours bénis, je pense à prendre avant de partir de chez moi un petit carnet et, là encore peu importe sa qualité sa couleur et ses motifs seul compte sa taille suffisamment petite pour se glisser facilement dans mes affaires et servir de mémoire aux flux de mon encre.

Dans ces lieux consacrés au passage, je dédie mon écriture au temps présent de l’ordinaire fugitif, tel le photographe captant un mouvement de vie avec son objectif.

Et souvent le haïku m’invite à suivre son rythme.

 

Il m’arrive aussi d’écrire sur le langage lui-même. Là, c’est le lieu qui m’y engage. Ce lieu est la pièce où j’exerce mon métier. Entre deux rendez-vous, assise sur une chaise dans la pénombre silencieuse et réflexive, délicatement parfumée, je noircis quelques pages sur les états d’âmes de mes mots. Je décris comment se vit en moi le processus d’écriture, ses motifs, son sens et ses enjeux, ce que je livre à l’écriture et ce qu’elle m’offre en retour.

Aucune préméditation ne précède cette introspection. Cette pièce de travail consacrée à l’écoute de l’autre et aux processus relationnels semble porter en elle cette capacité à prendre de la distance avec nous-mêmes. Elle favorise ainsi une écriture tournée vers elle-même.

 

Le rouge est la couleur dominante de mon bureau. Il réchauffe l’antre de mes mots. En particulier ce tapis de laine vermillon. Il stimule mes neurones, offre une base moelleuse à mes pieds. Ce tapis rouge est aussi le socle de ma créativité incarnée. Il me garde les pieds sur terre et m’envole dans les étoiles de mon imaginaire.  Il illumine mon bureau et le pare de teintes chaleureuses utiles à l’apaisement et à la concentration de mon esprit.

Cette pièce là est mon refuge d’écriture au long cours. Elle se situe à l’étage de la maison où je vis. Elle est de taille assez petite, c’est même je crois la plus petite de la maison. Et ce détail a son importance. Je me perdrai dans un espace trop grand. J’aurai du mal à focaliser ma pensée vers un seul but et sur une certaine durée. Sa petitesse m’aide à rassembler mes idées, à leur donner un sens et une forme.

Ce bureau est comme une grotte dans laquelle je peux mettre au monde mes histoires.

L’odeur de ce bureau est importante. J’aime qu’elle soit fraîche et subtilement parfumée. Je brûle de l’encens et cette odeur méditative entretient ma perspicacité dans la recherche du mot juste.

Avant de démarrer un temps d’écriture, je me prépare toujours un bon thé dans une théière en fonte noire. Le goût du breuvage varie en fonction de la saison et de mon humeur. Mais c’est toujours un événement que de préparer ce thé ! Il participe à mon inspiration. Je prends garde à la température de l’eau, bouillante ou pas en fonction du thé et je vérifie toujours le temps d’infusion conseillé.

Ce rituel est pour moi intrinsèquement relié à la création littéraire dans cette pièce rouge. Je ne bois que du thé quand j’écris ici.

 

Alors à votre question, comment être concentré sur son écriture ? Comment la protéger du quotidien aspirateur d’attentions ?

Je vous répondrai qu’il n’existe pas une seule manière de vous concentrer car il n’existe pas une seule façon d’écrire.

Parfois, vous verrez que l’inconfort ambiant vous aidera à travailler la rapidité de votre dire et à traduire la force essentielle d’une sensation. 

Parfois, un cadre prémédité, sécurisant et calme donnera de l’amplitude à votre souffle littéraire.

Bref, à chaque écriture son rituel.

A chaque forme littéraire, son espace d’expansion.

Et à chaque histoire, son lieu d’éclosion.

 

 


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Jeudi 17 septembre 2009

Vite il attend,

Poème pour quoi, poème pour toi,

Temps qui tourne à l’envers, 

Matinale des heures

9 sonne à l’horloge,
 

Wagon d’images insolites,

Kaléidoscoque de sensations,

8 sonne à l’horloge

7 arrive vite,

Jouer pour ralentir l’aiguille,
 

Pasticher l’écrivain inspiré,

Karma maudit,

Vivre dépendant du temps,

Xérès pour calmer les peurs

Connues de la vie mystérieuse
 

Kali crie à mort de

Jouer encore

Yeux injectés de sang,

7 l’horloge a dit,

Yin aime la vie et l’eau,

 

Yang veut la destruction et le feu,

2 joueurs dans le même corps,

2 issues intimement liées,

Terminées les tergiversations,

6 égrène les sonorités de la réconciliation


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Jeudi 27 août 2009

Calalba était un homme très grand et très droit. Il vivait dans un pays prospère. L’industrie fleurissait, l’agriculture abondait et offrait aux habitants de ce pays des nourritures terrestres riches et variées.

Calalba vivait dans une grande maison avec sa femme, Rimalda et ses deux enfants. Il se répétait inlassablement qu’il avait beaucoup de chance de vivre avec cette femme si belle qui lui avait donné deux si beaux enfants.

 

Mais il y avait un bémol à ce tableau presque idyllique. Calalba et Rimalda ne pouvaient communiquer. Ils ne parlaient pas la même langue. Calalba n’en connaissait pas la raison.

Ses enfants mélangeaient les deux langues parentales. Comme Calalba ne comprenait pas la langue de sa femme, il avait donc aussi beaucoup de mal à parler avec ses enfants.

 

Chaque jour, il se levait et répétait comme un mantra la chance d’avoir une si belle maison une si belle femme et de si beaux enfants.

 

Chaque jour, il partait travailler dans son entreprise de tissage en remerciant la vie de lui avoir offert un travail qui lui rapportait autant d’argent.

Il était très fier d’être l’unique et très prospère tisserand de son pays.

 

Un jour, alors qu’il fermait la porte de sa demeure, ses jambes le dirigèrent vers une rue qu’il ne connaissait pas.

Il était tellement perdu dans des pensées sans fond qu’il ne se rendait pas compte du chemin qu’il parcourait et des paysages environnants. Son pas rapide accentuait la raideur de son corps et ses yeux étaient vides d’émotions.

 

Il marcha ainsi longtemps jusqu’à se retrouver sur la place d’un village. A ce moment-là, il n’en comprit pas la raison, ses pas ralentirent. Il comprit où il était. De part et d’autre de la place du village, il y avait différents étalages. Toute une animation maraîchère, des stands de légumes bien frais, de fruits aux couleurs vives, des épices aux odeurs pénétrantes, des rôtisseurs et les cris des marchands qui hélaient les passants pour leur faire goûter aux délices de leur étalage.

 

Il se sentit subitement tourbillonner sur lui-même, emporté par ce flot de couleurs, d’arômes et de voix, se mêlant les unes aux autres et créant une sorte de symphonie champêtre.

 

Plus il avançait, plus il percevait ses pieds s’alléger et sa démarche s’assouplir. Puis, mu par une force invisible, il tourna la tête vers la droite et vit, dans un renfoncement, légèrement en retrait des autres étalages, une petite table sans victuaille.

Derrière cette table, était assise une femme. Son teint rappelait l’ocre des pierres des pays du sud. Le velours noir de ses yeux cachait des pépites secrètes et ses cheveux en mèches longues et folles encadraient un visage à la douceur rare.

 

Elle le regardait et lui souriait. Son regard était si intense que Calalba était comme hypnotisé.

Il s’arrêta devant elle. La regarda à son tour. La femme lui chuchota : « que dit ton cœur ? »

Il était tellement surpris par cette question saugrenue qu’il recula d’un pas. Ses épaules remontèrent jusqu’à ses oreilles. Ses mains se contractèrent.  Il ne comprenait pas le sens de cette interrogation. Il préparait sa défense.

 

La femme répéta alors la même question. En entendant la phrase pour la deuxième fois, il perçut des mouvements inhabituels dans son corps.

Ses épaules se relâchèrent et retrouvèrent leur place normale, son cou s’assouplit, il déglutit et il sentit dans son cœur monter de très loin une boule, une grosse boule compacte, brûlante, une boule d’amertume, de dépit, de découragement, de colère, de oui et de non, une grosse boule sombre qui remplissait petit à petit la totalité de son cœur.

Quand toute sa poitrine en fut possédée, la boule monta jusqu’à sa gorge et jusqu’à ses yeux.

Et là, devant cette inconnue si énigmatique, un océan de larmes émergea de ses yeux.

La grosse boule s’échappa de lui par torrent d’eau et de mots indistincts. Il sanglotait et il hurlait.

Puis, Il tomba à genoux devant la femme, posa sa tête sur la Terre et pleura encore et encore, il pleura des heures et des heures toute la tristesse de son corps, il expulsa toute sa colère et tous ces sentiments qu’il avait enfoui durant tant d’années.

 

Quand les vagues d’amertume et de douleur se calmèrent, il se releva, regarda à nouveau la femme.

Il sourit, elle lui retourna son sourire et lui dit : « Vas et prends soin de ton cœur »

« Merci » fut le seul mot que Calalba prononça.  Il était sous le choc de ce flot d’expression.

 

Son corps avait totalement changé. Quand il s’en retourna chez lui, son dos ondulait souple comme un poisson et ses jambes allaient chercher leur puissance très profondément dans le sol.

Sa tête était détendue. Il était comme un arbre vigoureux, au feuillage dru, les racines loin dans la terre et les branches flirtant avec le ciel.  Pour la première fois de son existence, il se sentait vivant et heureux. Vraiment heureux.

On raconte qu’on pouvait même l’entendre rire… et sauter de joie.

 

Quand il arriva chez lui, Rimalda le vit si transformé qu’elle lui demanda quelques explications. Pour la première fois de leur vie commune, il l’écouta et il comprit ce qu’elle lui dit.

Et quand il lui expliqua son aventure, elle s’étonna de comprendre à son tour la langue de son mari… pour la première fois.

 

Ses enfants lui sautèrent sur les genoux quémandant un temps de jeu avec lui. Il les comprenaient aussi ! Il leur sourit et leur proposa avec un clin d’œil d’amour malicieux de jouer à un jeu inédit qu’il nomma « écoute ton cœur battre »

 

          

 

 


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Jeudi 27 août 2009

Je suis inflexible,

Sur ses demandes outrageuses

La colère gronde


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Mercredi 26 août 2009

Inspire moi les sonorités,

Pour émouvoir les corps,

Et surprendre les esprits. 


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